Roy fait son entrée au Temple

mardi, 14.11.2006 / 24 h 00 / Canadiens de Montréal - Nouvelles


Patrick Roy détient la marque pour le plus de victoires dans la LNH avec 551.

TORONTO -- Les incroyables statistiques accumulées devant le filet par Patrick Roy sautent littéralement au visage lorsque l'on consulte le livre des records de la LNH. Mais ses statistiques impressionnantes ne représentent qu'une partie de l'héritage du gardien.

Vedette incontestée de la cuvée 2006 des nouveaux membres du Temple de la renommée du hockey, Roy est le seul gardien à avoir participé à plus de 1000 matchs et à avoir remporté plus de 200 victoires avec deux formations. Il domine au niveau des victoires en carrière avec 551 et a surpassé le cap des 30 gains à 13 occasions en 19 saisons avec Montréal et Colorado.

Roy a remporté trois trophées Vézina à titre de meilleur gardien de la ligue et a été choisi au sein de la première équipe d'étoiles de la LNH à quatre reprises. Il a participé à 11 matchs des étoiles. Plus important encore, il a décroché quatre coupes Stanley et mérité le titre de joueur par excellence des séries en trois occasions.

Une feuille de route impressionnante s'il en est une. Un CV qui mérite une entrée au Temple à sa première année d'admissibilité, honneur confirmé l'été dernier, de même que la réputation, selon plusieurs, de meilleur gardien à avoir jamais enfilé des jambières.

Pierre Lacroix, le D-G du Colorado qui a fait l'acquisition de Roy alors que le gardien était au sommet de son art, a dit de lui qu'il est une « vraie légende du hockey » qui a redéfini l'art de garder les buts.

« Il a été un grand leader et un ambassadeur exceptionnel pour le hockey dont la passion et la détermination n'avaient pas d'égal, » de dire Lacroix.

Dans les faits, les exploits de Roy vont bien au-delà des statistiques.

L'homme se cachant derrière ces chiffres sans vie possède une histoire beaucoup plus complète et complexe, une histoire qui démontre toute la détermination, la fierté, la complexité et la combativité de Roy lors de ses années de gloire.

Dès ses débuts, Roy s'est avéré un personnage plus grand que nature.

Tà t dans sa carrière, il a défié les règles établies de la LNH, refusant de se plier aux notions bien ancrées à travers la ligue à  propos des gardiens. Avant son arrivée dans la LNH, Roy pratiquait le style papillon. Son style -- s'agenouiller et bloquer le plus d'espace possible tout en se fiant à des réflexes supérieurs -- était à l'opposé du style relevé conventionnel qui prédominait depuis les débuts du hockey.

Peu de gens savaient comment réagir face au style peu orthodoxe de Roy, particulièrement l'entraîneur des Canadiens Jacques Lemaire, un attaquant membre de la dynastie de Montréal dans les années 1970 et du Temple de la renommée.

« À ma première année là-bas, j'ai commencé à pratiquer en y allant du style papillon et m'agenouillant et en plongeant vers toutes les rondelles, » de dire Roy. « Lemaire m'a dit que j'avais besoin d'un matelas et d'un oreiller. Mais je croyais au papillon. C'est lorsque vous êtes sur les genoux que vous couvrez le plus d'espace et la plupart des buts marqués dans la LNH l'étaient sur des tirs à ras la glace. »

Difficile de remettre en question les croyances de Roy compte tenu des résultats obtenus.

À sa saison recrue, en 1985-1986, il s'est approprié le poste de gardien numéro 1 avant le début des séries et a participé aux 20 matchs éliminatoires, remportant 15 départs et le trophée Conn-Smythe alors que les Canadiens décrochaient leur 23e coupe Stanley, la première en sept ans pour la légendaire organisation.

Le jeune gardien était considéré comme un héros à  travers la province de Québec et dans le monde du hockey - « Saint Patrick », le patron des Canadiens de Montréal.

Pas si mal comme introduction à la LNH pour le cerbère de 20 ans qui se trouvait encore dans les juniors deux années plus tàt.

À partir de ce point, Roy a simplement bâtit sa légende pendant la majeure partie de deux décennies.

Roy a eu besoin de sept années pour remporter une autre coupe, mais il l'a fait avec panache.

En fait, Roy a remporté 10 gains de suite en prolongation pour permettre aux Canadiens d'écarter Québec, Buffalo, les Islanders de New York et les Kings de Los Angeles et de mériter leur plus récente bannière.

Jacques Demers, aujourd'hui analyste en studio à RDS, était l'entraîneur de Roy lors de cette saison magique. Même aujourd'hui - plus d'une décennie après les événements -Demers vante encore les mérites de Roy qui, selon lui, a fait clairement la différence lors de ces séries.

« Il a fait de moi un très bon entraîneur, » dit Demers. « Je suis honnête et je dis la vérité. La vérité est que je n'aurais pas de bague de la coupe Stanley si ce n'était pas de Patrick Roy. »

Patrick Roy a largement contribué à  la 23e conquête de la coupe Stanley des Canadiens au printemps 1993.

Bien sà»r, nous formions une équipe, nous comptions sur de bons joueurs et tout le monde a contribué, mais Patrick Roy est celui qui s'est élevé au-dessus de la mêlée cette année-là. Pensez-y, nous avons remporté 10 matchs en prolongation. 10 de suite! Nous avions perdu la première puis remporté les 10 suivantes pour mériter la coupe. Cela constitue un record de la LNH qui ne sera jamais égalé. »

Roy et les Canadiens ont échappé la première rencontre de la demi-finale de division en prolongation face à Québec ce printemps-là, avant de vaincre les Nordiques en surtemps à deux reprises. Trois gains en prolongation face à  Buffalo lors de la ronde suivante ont contribué à  mettre fin rapidement à cette série. Les Islanders ont été battus deux fois en surtemps lors d'une série de cinq matchs, puis les Kings, après avoir remporté le premier duel en temps réglementaire, se sont inclinés trois fois de suite en prolongation pour faire pencher la balance en faveur de Montréal. Une fois le tout terminé, Roy possédait un autre Conn-Smythe et était admiré, parfois à contrecœur, par tous les amateurs de hockey.

« La vérité est que tout le monde croyait que nous allions perdre à chaque fois lorsque notre séquence en prolongation a atteint cinq matchs, » se souvient Demers. « Mais nous croyions que nous pouvions gagner car nous avions Patrick Roy. Il ne nous permettrait simplement pas de perdre. »

Le défenseur Sean Hill, qui évolue aujourd'hui avec les Islanders, était une verte recrue avec les Canadiens cette année-là. À ce jour, il n'a jamais vu une performance comme celle de Roy au printemps de 1993.

« Il a sa place parmi les plus grands gardiens de tous les temps et, manifestement, il était un gardien des grandes occasions, » de dire Hill. « Il a gagné plein de trucs. Je crois bien que ce dont je me rappelle le plus à son sujet est notre série de matchs en prolongation cette saison-là. »

« Il nous a dit, 'Faites ce que vous avez à faire à l'autre bout de la patinoire et ne vous inquiétez pas, rien n'entrera à ce bout-ci', et il a tenu parole, de toute évidence. D'entendre ça, c'était vraiment rassurant pour l'équipe. De compter sur un gars aussi confiant devant le filet était incroyable. »

Cela fait partie du personnage de Roy, il aimait parler presqu'autant qu'il aimait jouer. Il n'a jamais eu peur de vanter ses propres mérites. Mais, ce qui séparait Roy des autres, c'est que neuf fois sur 10 il tenait parole. En tout temps, ses coéquipiers savaient que quand Roy faisait une promesse, il ferait l'impossible pour la tenir.

« Ce n'est pas comme si ces paroles ou ces promesses venaient d'un gars qui n'avait encore rien prouvé, » dit Hill. « Quand ça vient d'un gars comme lui, vous savez que ça va se réaliser et si ça ne se réalise pas, vous savez qu'il s'agit d'une malchance ou quelque chose du genre. Il fut l'un des joueurs les plus talentueux avec qui j'ai joué. Il parlait avec son cœur et disait le fond de sa pensée et, plus souvent qu'autrement, ça se produisait. Bien plus souvent que les rares fois où ça ne se produisait pas. »

Lorsque Roy prenait la parole, son équipe n'en retirait pas seulement de la confiance mais aussi de la motivation, selon Demers. Ses coéquipiers savaient que Roy allait tout faire pour gagner, tout faire pour être le meilleur. Donc, les autres avaient intérêt à  faire leur part également, ou devaient s'attendre à en payer le prix.

Manifestement, Roy ne tolérait pas ceux qui se contentaient de suivre la parade.

« Il est le gars possédant la plus grande force mentale que j'ai connu et était un meneur naturel, » de dire l'ancien entraîneur. « Si Patrick Roy avait été défenseur ou attaquant, il aurait été un capitaine -- il n'y a aucun doute là-dessus. Il était un leader né. »
Roy fait son entrée au Temple

« Patrick était très exigeant envers ses coéquipiers parce qu'il était toujours prêt et toujours préparé à offrir le meilleur de lui-même. Si vous ne donniez pas votre 100%, vous ne comptiez pas parmi les amis de Patrick. Aucune chance. »

Cet esprit compétitif fut également à  l'origine de son transfert au Colorado. Roy se sentait sous-apprécié lors de sa dernière année à Montréal et, suite à un incident alors qu'il fut laissé devant le filet lors d'une soirée difficile, Roy a demandé à être échangé par l'équipe et la ville où il avait atteint sa renommée.

L'Avalanche a pris les devants au milieu de la saison 1995-1996 et a fait une offre afin de s'approprier le gardien, changeant à  jamais la destinée des deux organisations.

« J'avais le sentiment lorsque j'ai quitté Montréal que nous étions arrivés à la croisée des chemins, » dit Roy. « Montréal s'en allait peut-être dans une autre direction et l'opportunité d'aller au Colorado s'avérait une situation parfaite pour moi. »

« De savoir qu'ils avaient le potentiel de remporter la coupe Stanley se voulait un grand défi. Cela m'a aidé à étirer ma carrière. Je crois sincèrement que cela a donné un deuxième souffle à  ma carrière. »

Le Colorado a remporté la coupe Stanley cette année-là -- la première de l'organisation -- et Roy s'est de nouveau avéré la pierre angulaire du triomphe.

Avant de prendre sa retraite, Roy allait gagner une autre coupe Stanley, aidant l'Avalanche à vaincre les champions en titre, les Devils du New Jersey, au terme d'une série mémorable au cours de laquelle le Colorado tirait de l'arrière par trois matchs à deux. Cette série a cimenté sa réputation de meilleur gardien de tous les temps dans les grandes occasions.

« Le dénouement de chaque rencontre était tellement important, » de dire Roy. « D'avoir la chance de batailler pour la coupe Stanley; il m'était beaucoup plus facile de demeurer concentré lors des séries qu'en saison régulière. »

Roy a remporté trois trophées Vézina dans l'uniforme des Canadiens.

Car c'est tout ce qui important pour Roy : gagner. Malgré le fait qu'il était un excellent gardien en saison et qu'il a accumulé des statistiques et des records inimaginables, le but de Roy était de faire la différence, d'avoir un impact durable. C'est dans l'arène d'une finale de la coupe Stanley qu'un joueur peut avoir le plus d'impact et Roy comprenait cela, et s'est approprié cette arène pour la majeure partie de deux décennies.

« La victoire comptait plus pour lui que les statistiques, » dit Demers. « Patrick ne se souvient pas de beaucoup de ses statistiques, je serais prêt à  le parier, mais il se souvient de ses victoires. C'est ce qui était important à ses yeux. »

Tout ce qui touche à Roy était important pour les amateurs de hockey. Il était la plus grande vedette de son sport à sa position pendant la majeure partie de sa carrière, il a redéfini la manière de garder les filets, il a gagné plus de matchs que tout gardien avant lui et il a mérité le respect des amateurs de hockey, les plus jeunes comme les plus vieux.

Encore à ce jour, Hill est fier d'avoir connu Roy lors des premières années qui allaient le mener au Temple de la renommée. Dès la première fois où il a vu Roy en action, dit-il, lors de la saison 1992-1993, il savait qu'il était en présence d'un immortel.

« C'était au début des années 1990 évidemment, alors il avait encore bien des années devant lui, mais il était clair que s'il ne subissait pas de blessures ou quelque chose du genre, il se retrouverait au Temple, » dit Hill. « Il a certainement accompli cela avec panache. »

Oui, Patrick Roy a accompli cela avec panache, un exploit qui sera officialisé lundi alors qu'il mènera la cuvée 2006 des nouveaux membres du Temple de la renommée vers l'immortalité.

Shawn P. Roarke écrit pour NHL.com. Traduit par Michel Bélanger.