Courbe illégale

jeudi, 06.12.2012 / 9 h 30 canadiens.com

Le bâton est l’outil de travail de prédilection du joueur de hockey… en fait, il s’agit de son outil de travail principal.

Dans les années 1950, Andy Bathgate et Stan Mikita ont été les premiers à tester une nouveauté, la courbature de la lame. Avec le temps, les lames courbées ont été popularisées et font maintenant partie des avancées technologiques inévitables du monde du hockey. Créant un avantage certain pour les joueurs par rapport aux gardiens, la courbe de la palette a rapidement fait l’objet d’une règlementation de la part de la LNH qui l’a intégré à son livre de règlements dès la saison 1967-1968.

Apparemment, le défenseur des Kings de Los Angeles Marty McSorley, lui ne l’avait pas lu en 1993. De connaître le livre des règlements de la LNH et d’avoir un compas dans l’œil a été un atout de taille pour les Canadiens de 1993, en route vers une 24e conquête de la coupe Stanley.

«L’entraîneur de Los Angeles était obligé d’emmener toute les bâtons de hockey avant le match par le petit corridor qui passait juste au coté de notre chambre et les laissait là. On ne les a pas mesurés, mais disons qu’on pouvait rapidement voir qu’ils n’étaient pas conformes. Et il n’y avait pas que McSorley. Il y en avait 10 ou 12» se souvient Serge Savard, qui était alors directeur général des Canadiens.

Lorsque Guy Carbonneau a fait signe à son entraîneur-chef de se pencher afin de lui mentionner à l’oreille qu’il croyait le bâton de Marty McSorley illégal, il ne le savait peut-être pas, mais il changeait le cours de l’histoire.

La remarque de Carbonneau et la décision de Jacques Demers de demander à l’arbitre de mesurer n’aurait pu être faite à un meilleur moment, permettant indirectement – ou directement, tout dépendant du point de vue – aux Canadiens de remporter la coupe Stanley.

«Vous auriez dû voir tous les joueurs se lever pour aller changer de bâton lorsque l’arbitre a décerné la pénalité. Autant de leur côté que du nôtre», se rappelle Savard au sujet de la punition décernée par Kerry Fraser aux Kings. «À cette époque, on jouait comme ça, personne ne demandait de mesurer le bâton alors on en profitait.»

Pour l’entraîneur-chef du Tricolore, les secondes où Kerry Fraser mesurait le bâton de McSorley ont semblé, de son propre aveu, de très longues minutes.

«Mesurer le bâton a dû prendre cinq minutes», explique Jacques Demers. «Enfin, j’ai l’impression que ça a prit cinq minutes. En réalité, c’était peut-être 30 secondes. Je ne suis pas certain qu’il voulait décerner la punition, mais il n’avait pas vraiment le choix.»

Avant cette punition, les Kings et Wayne Gretzky semblaient en plein contrôle de la situation, et étaient à quelques minutes de retourner à Los Angeles avec une avance de 2 à 0 et du même coup franchir un pas de plus vers la première conquête du précieux trophée dans l’histoire de l’organisation.

«Il reste 90 secondes, c’est 2 à 1. Je retire Patrick Roy. C’est maintenant six contre quatre et j’envoie Muller sur la glace », se remémore Demers. «J’ai dit à Kirk d’y aller et de gagner la mise au jeu, ce qu’il a fait. Puis, Éric Desjardins marque. On a senti que les Kings étaient abattus.»

Après ce moment, les Kings ont baissé pavillon, perdant les quatre matchs suivants et regardant, impuissants, les Canadiens soulever le précieux trophée pour une 24e fois. Voilà tout le pouvoir du momentum! Beaucoup y sont allé de spéculations concernant l’événement, mais une chose est certaine, McSorley s’est fait prendre en flagrant délit et les Kings attendront 19 ans de plus avant de remporter un premier championnat.

HAUT DE PAGE ↑